Agriculture intelligente : bienvenue dans la ferme 4.0

Agriculture intelligente : bienvenue dans la ferme 4.0

La ferme 4.0 existe déjà. Des initiatives se multiplient pour expérimenter et perfectionner la ferme de demain.

A quoi ressemble la ferme 4.0 ?

La ferme 4.0 correspond à un modèle disruptif d’agriculture : celle de la connaissance (production de données) et de la précision (utilisation raisonnée de données). Ce modèle repose sur de nouveaux usages et outils technologiques innovants dont voici quelques illustrations :

  • des lunettes connectées permettent à l’agriculteur devant évaluer la progression d’adventices ou de maladies dans ses cultures, de dicter, enregistrer, photographier et transmettre des données vers une application ; celle-ci procède à l’analyse des données et indique les mesures à prendre pour stopper la progression ;
  • des colliers connectés pour vaches captent et analysent les mouvements et l’état de santé de la vache (stress, excitation, vêlage) et envoient une alerte sur le smartphone de l’éleveur ;
  • des capteurs implantés dans les champs mesurent l’état des cultures et de leur environnement et alimentent les outils d’aide à la décision ;
  • des logiciels permettent, sur la base des données de pluviométrie, d’humidité et de température d’une parcelle, à l’agriculteur, de gérer ses ressources en eau ou en produits phytosanitaires.

Ces innovations viennent peu à peu révolutionner le modèle classique de l’agriculture, allant au-delà de la simple mécanisation ou robotisation de l’exploitation.

Le développement de Living Labs en France

Le développement des nouvelles technologies et leur introduction au sein des exploitations agricoles devrait accroître la compétitivité de l’agriculture française.

C’est pourquoi le plan Agriculture-Innovation 2025 (1) met l’accent sur la nécessité de développer des « Living labs » (laboratoires vivants) territoriaux. Il s’agit d’espaces dédiés à l’expérimentation en conditions réelles de nouveaux usages, services et outils, sur des cultures (sylviculture, viticulture) et territoires déterminés.

Ces expérimentations sont réalisées selon une approche intégrée qui associe au développement d’innovations spécifiques tous les acteurs compétents et concernés : les agriculteurs, les formateurs, les acteurs de la recherche et du développement agricole, ainsi que les entreprises.

L’analyse des résultats obtenus devrait nourrir la réflexion des pouvoirs publics sur :

  • la mise au point de nouvelles technologies disruptives adaptées aux agroécosystèmes auxquels elles s’insèrent ;
  • leur impact sur l’organisation et la transformation des territoires ;
  • leur diffusion et leur adoption par les acteurs du secteur agricole en vue d’optimiser le fonctionnement des agroécosystèmes.

Dans ce cadre, deux projets pilotes de « living labs » ont été mis en place en Limagne (2) et en Bretagne. Ils sont respectivement dédiés à l’agroécologie en grandes cultures et à l’élevage.

Le plan Agriculture-Innovation prévoit la mise en place d’une douzaine de living labs d’ici la fin 2017. Ces espaces d’expérimentation permettront ainsi de développer et renforcer le modèle de la ferme 4.0.

Les enjeux

Sur le plan technique : la mise au point et l’expérimentation de nouvelles technologies doit tenir compte d’un certain nombre d’éléments : l’interaction avec l’opérateur humain, l’interaction entre les différentes technologies et le respect des cultures.

Sur le plan économique : l’utilisation raisonnée des nouvelles technologies dans le cadre de la ferme 4.0 devrait conduire à une meilleure maîtrise des coûts, une augmentation des revenus d’exploitation et à une amélioration des conditions de travail.

Toutefois, l’adoption du modèle de la ferme 4.0 nécessite de lourds investissements. Or, leur amortissement est souvent difficile, ce qui constitue un frein au développement de ce modèle. Les prix sont fonction de l’offre actuelle sur le marché des innovations agricoles, marché qui a vocation à se développer.

Sur le plan juridique : se pose principalement la question de la propriété et de la monétarisation du big data agricole (3). La question de la responsabilité en cas de collecte/analyse défectueuse des données conduisant à une erreur de gestion de l’exploitation peut également être soulevée.

Jean-François Forgeron
Jennifer Knight
Lexing Informatique et Droit

(1) Le plan Agriculture-Innovation 2025 a été élaboré par une mission présidée par Jean-Jacques Bournigal, Président Directeur Général de l’Irstea, à la demande des ministres de l’Agriculture et de l’Education nationale, et de la secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement supérieure et de la Recherche.
(2) Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Communiqué du 6-10-2016.
(3) A savoir les données massives collectées par les objets connectés, drones et autres capteurs utilisés sur le terrain.

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