Archive interview JT 35 2004

Interview

Daniel Croquette,

Délégué général de l’ANDCP
(*)

L’ouverture de l’intranet à l’information syndicale : devancer l’appel !

Que pense l’ANDCP de l’utilisation des TIC par les organisations syndicales ?

L’ANDCP qui regroupe environ 4000 professionnels de la gestion des ressources humaines (essentiellement des DRH) quel que soit le secteur, est un point de rencontre et d’échanges de bonnes pratiques, un espace d’entraide pour la mobilité des cadres et un lieu d’influence permettant de valoriser la fonction RH. A ce titre, elle a travaillé dès l’origine sur le projet de loi de modernisation sociale dont la première mouture visait à inscrire dans la loi un véritable « droit » pour les organisations syndicales d’avoir accès à l’intranet d’entreprise. Notre intervention a sans doute permis que la loi convertisse cette obligation en une simple « faculté » soumise à la négociation des acteurs. La loi permet d’adapter les moyens modernes à la réalité de l’entreprise d’aujourd’hui et d’admettre l’information syndicale. La négociation apporte des garanties sur un certain nombre de choses comme la non diffusion des e-tracts, la liberté de choix des salariés d’accepter ou de refuser cette information, ou encore le droit de regard de l’entreprise sur l’information diffusée, non pas dans un but de la censurer mais pour pouvoir réagir lors de sa diffusion si elle est inexacte ou diffamante. L’intranet est avant tout un outil de l’entreprise et à ce titre, il ne peut contenir d’éléments contraires à la vérité. Il est clair que la négociation est un préalable obligatoire à toute diffusion.

Comment vaincre les réticences des employeurs ?

L’ouverture de l’intranet à l’information syndicale est un moyen d’enrichir le dialogue social en permettant de diffuser plus d’informations à davantage de salariés y compris ceux qui sont dans des structures totalement éclatées ou bien des entreprises ayant une dimension internationale forte, avec des expatriés et des salariés nomades. On comprend fort bien que soient alors utilisés d’autres moyens que le courrier et l’affichage dans les locaux.! Or, l’information ne vaut que par sa rapidité. Bien souvent lorsqu’il y a une négociation entre les partenaires, on constate que les salariés sont informés par la voie syndicale et non par l’entreprise elle-même, par manque de vigilance des DRH. Il faut donc qu’ils soient aussi réactifs que les organisations syndicales.

Quels sont les limites de cette information ?

L’accord doit définir, le quoi, le comment, le quand et les « lignes continues » à ne pas franchir. Les partenaires ont tout à y gagner. Les organisations syndicales elles-mêmes pourront contrôler les débordements de leurs membres. Celles qui utiliseraient ce support de manière dévoyée nuiraient à l’ensemble des organisations syndicales de l’entreprise. Il en va de la crédibilité des organisations syndicales et de l’entreprise. Il faut que chacun respecte des règles car l’internet est un média puissant qui peut mettre le feu aux poudres très rapidement. Il n’y a qu’à voir les nombreuses listes de diffusion circulant aujourd’hui sur le net.

Quels seraient vos conseils en ce domaine ?

Incontestablement, il faut « devancer l’appel » et ne pas bloquer les négociations. Tout est une question de dosage dans la négociation. Marquer des limites claires, en précisant par exemple, que l’information ne passe par l’e-tract, que la communication de l’organisation est (ou non) limitée à ses adhérents, ou encore que l’employeur doit en être destinataire en toute transparence. Enfin, il faut aussi mettre en garde les organisations sur le fait que l’employeur n’a pas à connaître la liste des adhérents. Certaines mesures doivent donc être prises comme les envois en copie cachée.

Association Nationale des Directeurs et Cadres de la fonction Personnel créée en 1947, http://www.andcp.fr

Interview réalisée par Isabelle Pottier

isabelle-pottier@alain-bensoussan.com

Paru dans la JTIT n°35/2004 p.10