Archive Interview JT30-31

Interview

Ralph Villoing,

Directeur Général Sensoria Technology France
(*)

Sensoria : une technologie nouvelle au service de la gestion des connaissances

Quelle est la spécificité de votre outil « Influo iSearch » ?

Sensoria Technology est une société de technologie qui a conçu, à partir d’un noyau provenant du CNRS, une technologie radicalement nouvelle d’apprentissage non-supervisé (c’est-à-dire « sans professeur »), dynamique et adaptatif, qui mime la façon dont se comporte le cerveau humain. Cette technologie est aujourd’hui mise en œuvre dans une brique d’intelligence logicielle que nous commercialisons sous la marque Influo. Appelée iSearch, cette brique dépasse de loin ce qu’on connaît aujourd’hui des moteurs de recherche et trouve une place particulière dans le KM grâce à cela. Parmi les spécificités d’Influo iSearch, on citera sa Tête de lecture neuromimétique (neuromimétique : « qui mime le fonctionnement des neurones »), laquelle traduit l’importance de notre technologie dès la soumission des documents. En effet, ces derniers sont « lus » par iSearch d’une manière proche de ce que ferait un être humain, avec des sauts en avant, des retours arrière, des hypothèses en tâche de fond, etc. Résultat, Influo iSearch apprend tout, tout le temps, et dès le premier mot. Nul besoin de dictionnaire, de thésaurus, etc., ni d’une quelconque préparation des documents. Il détecte et apprend tout seul tous les mots et tous les groupes de mots, ainsi que leurs éventuelles variantes orthographiques. Ces variantes peuvent être volontaires ou non (fautes d’orthographe). A la différence des logiciels classiques, iSearch, les détecte automatiquement lorsqu’elles existent. Bref, il tisse une connaissance intime des documents, laquelle est constamment remise en cause, affinée, étendue. Cette connaissance est à la base de nombreuses applications pour les utilisateurs, entre autres en KM. Elle est bien sûr mise à contribution intensivement pour retrouver ce qu’on cherche. Et surtout, elle ne nécessite absolument aucun effort pour la créer. Elle est mise à jour en permanence, sans intervention humaine : « on branche, on trouve ».

Selon vous, quelle est l’importance des produits de KM sur le marché informatique ?

On a maintenant suffisamment de recul pour constater que le KM ne s’est pas révélé un véritable marché pour les logiciels. Les conférences et les débats du dernier KM Forum l’on bien montré : les rares nouveautés en la matière sont plutôt des évolutions de produits de GED. En revanche, le KM a été le plus souvent une opportunité pour le conseil en « conduite de changement ». Autrement dit, de prestations humaines. Par ailleurs, personne n’est en mesure de proposer une méthode satisfaisante de calcul de retour sur investissement : le KM coûte cher, et on ne sait pas combien il rapporte. Cela dit, l’opportunité qu’il représente pour l’entreprise n’est pas remise en cause. Aussi, si l’importance des produits de KM est encore faible, cela pourrait brutalement changer s’ils devenaient de véritables applications autonomes n’exigeant pas l’intervention régulière et coûteuse de spécialistes. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

En tant que fournisseur de technologie, comment voyez-vous l’évolution du concept de KM ?

Le concept de KM est apparu en 1997-1998. Mais je crois que c’est une notion mal définie au départ et trop floue au final. Ca ne l’a certainement pas aidé à émerger. Il me semble que son problème n°1 est technologique : l’objectif pour un « moteur de KM », c’est de faciliter les relations entre des humains, les utilisateurs, à travers leurs écrits. Avant toutes choses, le KM repose donc sur le traitement du langage, lequel permet ensuite celui de l’information puis celui de la connaissance. Des technologies comme la Neuromimétique selon Sensoria seront appliquées à des moteurs toujours moins contraignants pour les utilisateurs parce que toujours plus proches de leur comportement langagier et de leur réflexion. Pour moi, la clé réside à la fois dans la levée de contraintes qu’impose le KM aujourd’hui (plan de classement, procédures, etc.) et dans le caractère autonome des applications de KM, c’est-à-dire dans la réduction très sensible de leur coût global d’exploitation, permettant leur généralisation en entreprises. Personnellement, je suis confiant sur le futur du KM. Il rencontrera son public.

Interview réalisée par Isabelle Pottier

isabelle-pottier@alain-bensoussan.com

Paru dans la JTIT n°30-31/2004 p.10