Archive interview JTIT 20/2003

Interview
Jean-Claude Francastel

A été donneur d’ordre (Elf Aquitaine), prestataire de services (Bouygues Offshore) et Ingénieur-Conseil

Externaliser la maintenance : phénomène de mode ou tendance confirmée ?

Quelles ont été les tendances sur l’externalisation de la maintenance en 2002 ?

Depuis dix ans l’Observatoire de la Maintenance Industrielle (OMI) BIPE – AFIM fait le constat d’une évolution régulière de 20 % (en 1988) à 30 % (en 2001) de part de maintenance sous-traitée. Les prévisions pour 2003 sont de 31,2 %. Il y a peu de chance pour que cette tendance s’inverse, tout au plus se stabilisera-t-elle. Il faut se rappeler que pour la maintenance immobilière et tertiaire, la part externalisée dépasse les 75 %. L’évolution est aussi qualitative (concept de « qualité totale »), les services rendus étant de plus en plus complets et rassurants pour le donneur d’ordres. Les prestataires sont choisis en fonction de leurs compétences (spécialistes pointus) et/ou des moyens dont ils disposent (entreprises générales).

Quelles sont les recettes du succès de l’externalisation ?

L’externalisation de la maintenance doit être considérée comme une mutation stratégique à entreprendre avec beaucoup de précautions et de préparation. Les « dix commandements » qui peuvent être suggérés à l’équipe de management en charge d’une démarche d’externalisation sont de bien fixer les objectifs fondamentaux (part de marché, production, profit…), de détecter les obstacles potentiels à prendre en compte (climat social notamment), d’engager une démarche de « qualité totale » (élaborer un plan de progrès permanent), d’engager une démarche de « sécurité totale » (éradiquer les risques majeurs), d’anticiper la démarche durant les phases précoces du cycle de vie des biens confiés, d’évaluer la situation selon les différents critères de choix stratégiques, d’obtenir une adhésion franche et loyale des acteurs, de planifier la démarche et gérer le temps de réalisation, de faire participer tout acteur direct interne et externe potentiellement concerné et enfin d’identifier et de gérer les freins de façon à éviter les blocages irréversibles. On retiendra aussi que le « bon contrat de maintenance » implique des obligations réciproques d’information, de conseil, de prudence et de diligence et une réelle valeur ajoutée de la part du prestataire de service. C’est aussi un outil d’organisation et de gestion d’une relation, acte formel entre deux parties qui en acceptent mutuellement le contenu. Il est nécessairement cohérent avec les stratégies des parties, en tant que besoin de complémentarité entre un donneur d’ordre réputé non spécialiste et un sous-traitant réputé spécialiste.

Quels sont les risques et comment les éviter ?

Souvent, pour les petits travaux ponctuels notamment, la tentation est forte de recourir à des solutions simples trop proches du « prêt de main d’œuvre ». Un ordre écrit pour chacune des opérations élémentaires, entrant dans le cadre d’un accord global est vivement recommandé. L’encadrement du personnel de l’entreprise extérieure ne peut en aucune façon être exercé par le personnel de l’entreprise utilisatrice. Ceci implique des consignes et instructions précises qui n’exonèrent pas le prestataire de ses responsabilités. Les moyens matériels (outillages, engins, équipements de protection…) sont de préférence fournis par le prestataire de services qui en a la maîtrise. Toute stipulation concernant le personnel (quantités, qualifications, indices de révisions basés sur les salaires …) est à éviter, le prestataire de service étant réputé maître ses moyens. L’autre risque majeur pour le donneur d’ordre est de devenir trop dépendant ; il doit impérativement garder la maîtrise de son bien d’équipement, exiger de son prestataire un retour d’expérience rigoureux et entretenir une veille technologique.

(*)Il est l’auteur de l’ouvrage «Externalisation de la maintenance – Stratégies – Méthodes et Contrats», aux Editions Dunod 2001.

Interview réalisée par Isabelle Pottier, avocat.

Parue dans la JTIT n°20/2003 p.10