Le satellite militaire CSO-1 : agent secret dernière génération

satellite militaire CSO-1Le lancement du satellite militaire CSO-1 marque une fin d’année heureuse pour Arianespace et ambitieuse pour la France. 3, 2, 1… lorsque le compte à rebours s’est terminé la nouvelle année n’a pas retenti mais les élans de joie n’en étaient pas moins présents.

Le 19 décembre 2018, Arianespace a opéré son onzième et dernier lacement de l’année 2018 : celui du satellite militaire CSO-1, premier satellite de surveillance optique d’une constellation de trois satellites. Une opération couronnée de succès plaçant la France parmi les leaders mondiaux du renseignement spatial.

La constellation des trois satellites militaires CSO (pour composante spatiale optique) devrait permettre à la France, mais également à l’Allemagne, la Belgique et la Suède qui participent au programme, de disposer, en à peine deux ans, d’images d’une très haute résolution, 2D comme 3D, permettant de servir de soutien aux interventions armées.

Le satellite militaire CSO-1 : un atout du renseignement stratégique

Les trois satellites militaires auront vocation à remplacer la constellation Helios II, actuellement opérée, dans un cadre de renouvellement des technologies spatiales d’observation (1). Néanmoins, les technologies disponibles à leur bord n’auront rien à envier à leur prédécesseur. Placés en orbite basse, à 450 et 800 kilomètres d’altitude, ces satellites accroîtront considérablement la capacité des renseignement militaires françaises.

En effet, les CSO sont dotés d’une nouvelle optique offrant une meilleure définition, d’une plus grande agilité permettant d’augmenter le nombre de prises de vue sur un théâtre d’opération (avec une capacité de plus de 800 photos par jour) et d’une plus grande précision en termes de localisation militaire (2), dignes d’un véritable agent secret. Ces satellites rodés aux pratiques d’espionnage sont indispensables à l’ère des drones et des nano-satellites (bien trop souvent inaperçus).

Les différences d’altitude des orbites sur lesquels ces satellites sont placés permettent de couvrir à la fois des missions de reconnaissance, privilégiant les capacités de couverture, d’acquisition sur théâtre et de revisite et à la fois des missions d’identification atteignant le plus haut niveau de résolution, de qualité d’image et de précision d’analyse.

Avec de telles performances, la constellation CSO dispose sûrement des satellites les plus performants à échelle mondiale.

Sous maîtrise d’ouvrage du Centre national d’études spatiales (CNES), par délégation de la Direction générale de l’armement (DGA), ces satellites militaires d’observation devront, ainsi, «contribuer au renforcement des capacités des forces dans le domaine du renseignement spatial, du soutien et de la conduite des opérations sur les théâtres d’engagement» (3).

Un projet scientifique et politique ambitieux, tant par ses promesses technologiques que par son coût financier. La loi de programmation militaire prévoit, en effet de consacrer quelques 3,6 milliards d’euros au secteur spatial d’ici 2025 pour financer le renouvellement des satellites optiques avec CSO, le satellite de télécommunication sécurisé Syracuse IV et le déploiement des satellites d’écoute et de renseignement électromagnétique (ROEM) CERES.

Une ambition technologique à la hauteur des ambitions politiques

Le programme spatial CSO illustre, dans le domaine des satellites espion, la capacité des Etats à partager et communautariser leurs forces, en dehors de l’Union européenne ou de l’Agence spatiale européenne, et dans un domaine aussi sensible que ne l’est le secteur de la défense.

Intéressant l’Allemagne, la Belgique et la Suède, ce programme a, également, été établi sur la base d’accords permettant d’accéder à des données recueillies par les satellites radar allemands SAR Luppe et italiens Cosmos Skymed, technologies venant compléter les prouesses des satellites de renseignement.

Les efforts sont, ainsi, collectifs et la volonté de surveillance remplace progressivement celle de la simple observation et télédétection.

Par ailleurs, le déploiement des satellites militaires CSO participe à une nouvelle définition de la stratégie spatiale de défense française. Comme l’a annoncé la ministre des Armées Florence Parly, «ce lancement n’est qu’une étape, une étape déterminante. CSO va décupler nos capacités de surveillance, nous permettre des images de reconnaissance et d’identification d’une précision encore jamais égalée» (4).

Jusqu’à présent, la ministre des Armées a placé la stratégie spatiale française autour des concepts d’autonomie et de défense. La France invoque la nécessité de surveiller l’espace en raison de la multiplication des débris spatiaux et des risques qu’ils engendrent pour les satellites en fonctionnement. Cette visée est, d’ailleurs, celle du programme européen « Space situational awareness ».

Mais le satellite militaire CSO-1 ne dupera personne. Muni de l’appareil photo le plus gros et le plus complexe jamais réalisé, son potentiel surpasse largement la seule surveillance de l’espace.

Malgré le développement fulgurant des activités spatiales civiles et la pression accrue sur ce marché exercée par les nouveaux acteurs privés, les activités militaires ne sont pas pour autant délaissées et semblent même, auprès de chaque puissance spatiale, retrouver un nouveau souffle (5).

Ainsi, à la question de savoir si une «armée de l’espace» à l’image des Etats-Unis est envisageable, le Général commandant le Commandement interarmées de l’espace n’apporte qu’une réponse en demi-teinte, feignant de contourner la question : « L’enjeu n’est pas de créer une armée de l’espace mais de répondre aux enjeux qui se posent. Et les enjeux sont les mêmes pour les Américains et pour nous. Chacun y apporte les réponses qu’il estime les plus appropriées en fonction du contexte national. Dans les deux cas, la réponse passe par une organisation adaptée à ces enjeux, c’est-à-dire une organisation agile, flexible, cohérente, lisible qui prenne en compte l’ensemble des aspects de la question ». Et d’ajouter « La ministre a demandé que le groupe de travail propose des options en matière d’organisation. C’est ce qui a été fait. Des décisions seront prises par le président de la République et la ministre des Armées » (6).

Frederic Forster
Johanna Chauvin
Lexing Constructeurs informatique et télécoms

(1) Assemblée nationale, Projet de loi n°659 relatif à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, disponible en ligne.
(2) Air&Cosmos, « Lancement du satellite de renseignement CSO-A », 20 décembre 2018, disponible en ligne.
3) CNES, « CSO/MUSIS », 9 avril 2018, disponible en ligne.
(4) Ministre des Armées Florence Parly, discours prononcé en visioconférence, 19 décembre 2018, retranscrition en ligne  (consulté le 20 novembre 2018).
(5) F. Forster et J. Chauvin, « Un nouveau pas en avant dans la course à l’armée spatiale », disponible sur Lexing Alain Bensoussan.
(6) Délégation à l’information et à la communication de la défense, ministère de la Défense, interview du Général Michel Friedling, commandant du Commandement interarmées de l’espace, 20 décembre 2018, disponible en ligne.

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