La Commission européenne scelle le sort des pure players

Edito

E-commerce : la commission européenne valide le principe du « brick and mortar »

L’évolution de la réglementation des accords de distribution sélective

La Commission européenne a adopté, le 20 avril dernier, un nouveau règlement d’exemption par catégorie des accords verticaux (1), ainsi que de nouvelles lignes directrices qui impactent les accords de distribution sélective. Le nouveau dispositif se substitue à l’actuel règlement (2) dès le 1er juin 2010, réserve faite de l’observation d’une période de transition d’un an pour les accords en vigueur. Les nouvelles règles s’inscrivent dans la continuité du précédent règlement en permettant aux distributeurs de bénéficier de l’exemption par catégorie à la double condition que les parts de marché détenues n’excèdent pas 30% et que les accords conclus ne comportent pas de restrictions caractérisées de concurrence. Il est à noter également que le seuil de 30% s’applique indistinctement aux deux parties à l’accord. Les parts de marché prises en compte pour la détermination du seuil de 30% sont celles détenues par les deux parties à l’accord sur leurs marchés respectifs. Cette disposition vise à protéger les petites et moyennes entreprises des mesures restrictives susceptibles d’être imposées notamment par un acteur de la grande distribution. Les accords liant des entreprises dont l’une et/ou l’autre détiennent des parts de marché supérieures au seuil fixé par la Commission ne contreviennent cependant pas à la légalité. Il appartient aux signataires d’apprécier, au vu de l’analyse des clauses contractuelles, s’ils peuvent se prévaloir d’une exemption individuelle.

Les enjeux

Un corpus de règles juridiques « offrant aux opérateurs une base claire et des incitations pour le développement d’activités en ligne leur permettant de viser ou d’attirer des clients de toute l’Union européenne et, ce faisant, de tirer pleinement profit du marché intérieur ».

La Commission scelle le sort des « pure players »

Le projet avait suscité de vifs débats entre les enseignes de luxe et de haut de gamme et les sites de vente en ligne et associations de consommateur. La mesure qui cristallisait les débats portait sur la possibilité pour les réseaux de distribution sélective d’imposer à leurs membres un point de vente physique (« brick and mortar »). Elle est aujourd’hui consacrée et les têtes de réseau pourront donc légitimement refuser la vente de leurs produits par les « pure players » (vente de produits et services exclusivement en ligne) (point 54 du règlement). En droit national, le Conseil de la concurrence, approuvé par la Cour d’appel de Paris, avait déjà décidé que le refus d’agrément pour absence de magasin physique était justifié (3). La Commission européenne explique son choix par la volonté d’offrir au consommateur la possibilité de se rendre sur place afin d’examiner les produits, les essayer ou les tester. L’argument avancé par les enseignes du e-commerce selon lequel les prix réduits proposés au consommateur grâce à l’économie réalisée sur les coûts de structure n’a pas été retenu. Le nouveau dispositif soutient néanmoins le commerce en ligne en bannissant certaines pratiques comme la détermination d’un prix de vente en ligne supérieur au prix en magasin, de la limitation des quantités disponibles sur internet ou de l’exclusion de clients résidant à l’étranger du bénéfice d’une commande en ligne.

Les perspectives

Le principe instauré par la Commission confirme donc la jurisprudence nationale. Le nouveau règlement s’appliquera dès le 1er juin 2010 et expirera le 31 mai 2022.

(1) Règlement (UE) n°330/2010 du 20 avril 2010

(2) Règlement (CE) n°2790/1999 du 22 décembre 1999

(Mise en ligne Mai 2010)

Paru dans la JTIT n°100/2010




E-commerce:validation du principe du « brick and mortar »

La Commission européenne a validé le principe du « brick and mortar ». Le nouveau règlement d’exemption par catégorie des accords verticaux a été adopté le 20 avril dernier par la Commission européenne. Le projet de règlement avait suscité de vifs débats entre les enseignes de luxe et de haut de gamme, d’une part, et les sites de vente en ligne et associations de consommateurs, d’autre part. La mesure, qui cristallisait les débats, portait sur la possibilité pour les réseaux de distribution sélective d’imposer à leurs membres un point de vente physique. Celle-ci est aujourd’hui consacrée au point 54 des lignes directrices du règlement.

Rappelons que cette solution était déjà celle de la jurisprudence nationale en la matière. De fait, les pureplayers se voient interdire la distribution des produits des réseaux de distribution sélective. Pour les sites de vente en ligne, cette mesure constituerait un frein au développement du e-commerce et remet en cause son modèle économique. Les associations de consommateurs regrettent, quant à elles, que les têtes de réseaux n’aient pas à justifier l’obligation d’un point de vente physique au regard de l’intérêt du consommateur.

Certains commentateurs craignent également que la nouvelle réglementation ne permette d’imposer cette obligation aux réseaux de distribution de biens grand public. Les acteurs du e-commerce se félicitent par contre tous que la nouvelle réglementation exclut la possibilité pour les fabricants de limiter les quantités vendues en ligne ou d’imposer des prix plus élevés que pour la vente physique.

Règlement (UE) n°330/2010 du 20 avril 2010

 

Autre brève




Révision du règlement d’exemption sur les accords verticaux

La Commission européenne a lancé, cet été, une consultation publique, ouverte jusqu’au 28 septembre 2009, sur la révision du règlement d’exemption sur les accords verticaux. Ce règlement, qui expire le 31 mai 2010, crée une zone de sécurité, en fixant les conditions dans lesquelles les accords de distribution échappent à la prohibition des ententes anticoncurrentielles. Le projet de règlement ne contient aucune modification majeure, sauf en ce qui concerne le seuil de part de marché de 30% maximum, permettant de bénéficier de l’exemption. En effet, ce seuil, qui ne concernait que la part de marché du fournisseur, s’appliquerait désormais à « chacune des entreprises parties à l’accord ». La définition des restrictions de concurrence, entraînant la non exemption de l’accord ou de la clause, ne connaît pas d’évolution majeure. Les principales innovations attendues de la réforme se trouvent dans le projet de communication de la Commission, sur les lignes directrices sur les restrictions verticales. Ainsi, un distributeur, qui réalise des investissements substantiels pour créer ou développer un nouveau marché, pourrait bénéficier, pendant deux ans, d’une protection particulière, justifiant des restrictions jusqu’alors interdites sur ses ventes passives et actives sur son territoire ou sa clientèle.

 La Commission modifierait ses lignes directrices, qui comportent déjà des dispositions sur les ventes en ligne, sans ajouter de dispositions spécifiques dans le règlement lui-même. Un site internet est considéré, comme c’était déjà le cas, comme une forme de vente passive par le distributeur, qui doit être libre de recourir à internet pour faire de la publicité ou vendre ses produits. L’interdiction totale de vendre sur internet ne serait licite que dans des cas très limités. Certains comportements, visant à limiter les ventes sur internet effectuées par les distributeur, seraient interdits : par exemple, l’obligation de renvoyer vers le site d’un autre distributeur exclusif ou la limitation, dans certaines conditions, de la part des ventes réalisées sur internet. Le fournisseur peut imposer, notamment en distribution sélective, des normes de qualité du site internet. Notamment, il peut exiger que le fournisseur dispose d’un magasin classique, ce qui aurait pour conséquence de rendre licite l’exclusion des pure players.

 Bruxelles, communiqué IP/09/1197 du 28 juillet 2009