Mise en service de la route solaire et transition énergétique

route solaireEn décembre 2016, la première route solaire au monde a été inaugurée dans l’Orne par la ministre de l’Environnement. Depuis, le tronçon d’un kilomètre situé sur une départementale fournit l’énergie pour l’éclairage public d’une ville de 5 000 habitants.

Mise en service de la route solaire

L’installation de cette route solaire est la concrétisation du projet dit « Wattway ». Ce projet a été financé à hauteur de 5 millions d’euros par le ministère de l’Environnement et réalisé par l’entreprise de travaux publics Colas.

Le principe de la route solaire consiste à installer des dalles photovoltaïques sur la chaussée afin de produire de l’électricité à partir de l’énergie solaire récoltée. Cette route est raccordée au réseau ENEDIS qui est chargée de la distribution.

Ces dalles bien spécifiques qui doivent à la fois capter l’énergie solaire mais aussi résister au passage des véhicules et offrir des garanties en matière d’adhérence, sont l’aboutissement d’un long travail de recherche et de développement.

Dans la mesure où l’installation d’une route solaire constitue une occupation avec emprise au sol du domaine public routier, l’acquisition d’une permission de voirie pour travaux est nécessaire. Celle-ci est délivrée à titre précaire et révocable (Code de la voirie routière, art. L. 113-2) par le maire, ou par le représentant de l’Etat dans le département (Code général des collectivités territoriales, art. L. 2215-4 et L. 2215-5).

De plus, dans la mesure où l’installation de dalles photovoltaïques suppose l’arrêt ou à tout le moins la modification de la circulation, il convient également d’obtenir un arrêté temporaire de police de circulation.

Dans le cas du chantier Wattway, le département de l’Orne a assuré la maîtrise d’ouvrage et a mis à disposition la chaussée aux entreprises SNA qui fabrique les dalles photovoltaïques et Colas, maître d’œuvre (1).

Les dalles ont été installées sur une surface de 2 800 m², le long de la départementale D5. Elles sont enveloppées d’une résine protectrice qui répond à des exigences de bonne adhérence et de solidité pour supporter le poids de tous types de véhicules.

Développement de la route solaire

La mise en place de la route solaire a été critiquée en raison d’un coût jugé trop élevé, notamment dans un rapport de l’OPESCT du 6 mars 2017 (2). Pour autant, l’objectif affiché du gouvernement est que la multiplication de ce type de projets permette d’en réduire le coût (3).

Outre son montant, des critiques ont également porté sur le rendement de la route solaire au motif que l’énergie produite par les dalles photovoltaïques serait plus coûteuse que celle fournie par des panneaux classiques. Sur ce point, les concepteurs espèrent pouvoir abaisser ces coûts de production. A ce titre, la création d’un comité réunissant les acteurs concernés « pour avancer sur le modèle économique de la route solaire » a été annoncée (3).

Le développement de la route solaire répond à des enjeux économiques majeurs, notamment en termes de besoins énergétiques et d’emplois. Le but est ici d’exploiter et de valoriser la surface fournie par des routes généralement vides. En ce sens, le gouvernement a fixé un objectif de développer 1 000 km de routes solaires (4).

L’Etat va ainsi mener un plan d’expérimentation de la route solaire sur le réseau routier national, ce qui sera la première étape d’un programme de déploiement sur les quatre années à venir. A ce titre, le groupe Colas prévoit une centaine de projets, dont la moitié à l’international.

La technologie Wattway va être installée sur une section de la RN164 en Bretagne, des places de repos vont être aménagées sur l’autoroute non concédée RN165 et le Grand Port Maritime de Marseille va lui aussi voir arriver la route solaire. A l’étranger, un site pilote Wattway a été inauguré le 20 décembre 2016 dans l’Etat de Géorgie aux Etats-Unis (5).

Dans cette optique, le gouvernement a lancé un appel d’offres le 9 mars 2017 pour de nouvelles installations solaires innovantes « pour encourager notamment la route solaire » (6).

Route solaire et intelligente ?

Le développement de la route solaire offre enfin des perspectives dans le cadre des systèmes de transports intelligents. En effet, l’électricité produite pourrait servir à alimenter l’éclairage public ou la signalisation, ainsi que les divers équipements routiers communiquant avec les véhicules. Il est également envisagé que l’électricité produite par la route puisse permette de recharger par induction les véhicules électriques qui l’empruntent.

Dans le cadre de la transition énergétique, la route solaire occupe donc une place importante dans le développement de technologies solaires innovantes. Et l’intérêt qu’elle suscite révèle là un secteur plein de promesses, secteur qu’il conviendra de suivre pour vérifier si ces promesses seront tenues.

Lexing Alain Bensoussan Avocats
Lexing Contentieux Informatique

(1) Département de l’Orne, Première mondiale : une route solaire produit de l’électricité dans l’Orne, 22-12-2016.
(2) Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, L’évaluation de la stratégie nationale de recherche en énergie, 6-3-2017, p. 212.
(3) Ministère de l’Environnement, Inauguration du raccordement au réseau électrique de la route solaire de l’Orne, Communiqué de presse du 22-12-2016.
(4) Ministère de l’Environnement, Wattway : en avant la route solaire, Communiqué du 15-11-2016.
(5) Ministère des Affaires étrangères, Wattway une route solaire française, inauguration en Géorgie du site pilote aux Etats-Unis, Communiqué du 14-1-2017.
(6) Ministère de l’Environnement, Transition énergétique et croissance verte, Dossier de presse du 9-3-2017.




Energie photovoltaïque, avenir de l’autoroute intelligente ?

photovoltaïqueLe photovoltaïque via le Solar Freakin’ Roadways apparaît dans les projets de construction d’autoroutes intelligentes initiés aux Etats-Unis. Et si les autoroutes intelligentes étaient une alternative aux limites énergétiques mondiales ?

Soucieux d’atteindre l’objectif fixé par l’Union européenne (1), de nombreux pays européens (Pays-Bas, Italie et France en tête) se sont lancés dans des projets d’envergure consistant en la production massive d’énergie propre, locale et renouvelable transitant par le réseau autoroutier.

En France, la construction de ces autoroutes qualifiées par certains d’« autoroutes du soleil » – en ce qu’elles fonctionnent entièrement à l’énergie solaire – a notamment vu le jour par le biais d’une filiale du groupe Bouygues, l’entreprise de travaux publics Colas, en collaboration avec l’Institut national de l’énergie solaire (Ines).

Concrètement, la construction de ces autoroutes intelligentes d’un genre nouveau requiert un savoir-faire bien particulier, en ce que leur revêtement photovoltaïque – composé de panneaux solaires – doit faire face à des défis techniques de taille.

Ce revêtement particulièrement innovant ne nécessite pas systématiquement de reconstruire l’intégralité du réseau autoroutier, mais il doit néanmoins :

  • pouvoir s’interconnecter efficacement à des bornes ou des compteurs intelligents – parfois qualifiés de « smart grids » – localement implantés afin d’optimiser la production d’énergie qui sera redistribuée au réseau électrique général ;
  • résister au passage fréquent des véhicules de toutes sortes, notamment des poids lourds, et doit donc offrir des garanties solides contre l’usure des matériaux qui entrent dans sa composition [plusieurs couches ou strates pouvant être impliquées (verre, caoutchouc, silicone, béton, etc.)] ;
  • permettre une parfaite adhérence au sol et s’adapter aux changements importants de température, pour que l’objectif lié à la sécurité routière ne s’efface pas au détriment de l’objectif environnemental affirmé.

Il conviendra de protéger ces techniques innovantes par le dépôt de brevets et de réaliser des analyses d’impact sur les effets associés à ces technologies innovantes.

Disposés massivement sur les tronçons autoroutiers, cet équipement photovoltaïque alimentera en électricité tous les équipements autoroutiers (signalisation lumineuse, éclairage public, ventilation des tunnels, bornes téléphoniques d’urgence, stations de recharge de véhicules électriques, etc.), et pourront même alimenter à termes des quartiers entiers, pour une production électrique nationale annuelle de l’ordre de centaines de millions de gigawatts.

L’impact environnemental de ces autoroutes intelligentes productrices d’énergie photovoltaïque à grande échelle s’annonce particulièrement important, puisque le recours aux panneaux solaires contribuera à une réduction du rejet de centaines de milliers de tonnes de CO2 chaque année.

Plus largement, l’enjeu du développement de cette technologie émergente est considérable puisqu’il va se résumer, à terme, à l’autosuffisance énergétique des pays concernés, qui deviendront indépendants sur ce volet, aboutissant ainsi à la création d’un nouvel équilibre économique mondial.

Sur le plan économique, nul doute que ces autoroutes intelligentes à « énergie photovoltaïque » vont très vite devenir un investissement durable et rentable.

Lexing Alain Bensoussan Avocats
Thomas Boutan
Lexing Droit numérique

(1) Objectifs européens : une augmentation de 20 % de la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique d’ici 2020.