Crowdsourcing : la production participative en plein essor

Crowdsourcing : la production participative en plein essorAvec le numérique, le crowdsourcing élargit la logique collaborative dans des secteurs variés et se place comme mode de production d’avenir.

Le crowdsourcing : un concept au cœur de la logique collaborative

Le terme crowdsourcing, ou « production participative », est défini par la Commission générale de terminologie et de néologie comme « un mode de réalisation d’un projet ou d’un produit faisant appel aux contributions d’un grand nombre de personnes, généralement des internautes » (1).

Ce néologisme aurait été créé en 2006 par Jeff Howe et Mark Robinson, respectivement rédacteur et éditeur au sein du magazine américain Wired (2), dans un article intitulé « The rise of crowdsourcing » (La montée de la production participative) (3), afin de décrire les phénomènes croissants dans lesquels des utilisateurs, extérieurs à l’entreprise, contribuent de manière significative à la production, et ce dans plusieurs industries.

Ce terme est rapproché du concept de « common based peer production » qui pourrait être traduit par « production entre pairs, ou travail collaboratif, orienté(e) vers les communs », développé par l’écrivain, économiste et professeur américain Yochai Benkler, notamment dans son ouvrage « The Wealth of Network » (La Richesse des réseaux) (2).

Yochai Benkler, codirecteur du centre Berkman Klein Center for Internet & Society de l’Université américaine d’Harvard, conduit en effet depuis les années 90 des recherches sur les manières dont sont gérées les ressources dans les environnements réseaux. Plus particulièrement, Yochai Benkler étudie les interactions collaboratives qui pourraient permettre de faire émerger des pratiques et des ressources non appropriées et utilisables par tous (les communs), qui à terme participeraient à transformer la société et l’économie. C’est ainsi, qu’il a pu aborder, par exemple, le cas des logiciels libres ou encore le projet Wikipédia (4).

Avec leur concept, Jeff Howe et Mark Robinson se distingue dans la mesure où ils s’intéressent davantage au fait qu’une entité qui déléguait autrefois des tâches à un ou des salariés externalise désormais ses demandes à un réseau (potentiellement large) d’individus (qu’ils soient identifiés ou non) dans un processus comparé à un appel d’offres, afin d’obtenir des contributions (2).

Ainsi, si la plupart du temps le crowdsourcing prendra la forme d’une « peer-production » (production entre pairs ou travail collaboratif), il peut tout aussi bien concerner des individus uniques ayant été ciblés grâce à l’appel d’offres préalablement réalisé. Par ailleurs, la finalité du crowdsourcing n’est pas toujours marquée par une dimension sociale. Elle peut tout à fait être lucrative et donner lieu in fine à une attribution couverte par un droit de propriété intellectuelle.

Dès lors, on retiendra que les concepts évoqués restent intimement liés, dans la mesure où tous utilisent et valorisent l’intelligence et la créativité collectives. Ces différents concepts devront donc être étudiés corrélativement, afin de percevoir les enjeux de leurs utilisations présentes et futures, qui tendent à se développer.

Le crowdsourcing : des usages déjà multiples et un essor certain à l’ère du numérique

Au vu de sa définition, il ne fait aucun doute que le crowdsourcing peut intéresser tous les acteurs, qu’ils soient des particuliers, des associations, des institutions, ou encore les petites, moyennes et grandes entreprises.

Plus encore, il est applicable à tous les secteurs d’activités.

Le crowdsourcing a notamment investi le domaine de la R&D qui va utiliser la foule des internautes et leurs spécialistes pour obtenir des réponses et des solutions innovantes. Ainsi, dans le domaine de la santé, des plateformes spécialisées ont vu le jour, par le biais desquelles des chercheurs internautes du monde entier participent, en étant interrogés sur des problématiques de recherches précises (5).

Il concerne également le domaine de la culture. Le crowdsourcing est, par exemple, utilisé par les musées et les bibliothèques afin d’obtenir des contributions et l’avis des internautes (6). Dans les secteurs artistiques et publicitaires, des non-professionnels peuvent également être appelés à contribuer pour l’élaboration de projets créatifs (7).

Et, le champ d’évolution du crowdsourcing ne s’arrête pas là.

Internet, caméras, capteurs, applications mobiles, plateformes… sont autant d’avancées technologiques qui favorisent et favoriseront encore l’essor de la production participative.

En effet, la mise en relation entre les individus est facilitée, tout comme la création et le transfert de leurs contenus, qu’ils soient écrits, audio, visuels ou de toute autre nature.

Par conséquent, ce modèle de production protéiforme et à dimension internationale soulèvera sans aucun doute des enjeux économiques et juridiques majeurs que les acteurs et les utilisateurs devront anticiper et considérer.

Marie Soulez
Lylia Lanasri
Lexing Contentieux Propriété intellectuelle

(1) Définition de la production participative, JORF n°0179 du 5-8-2014 p. 12995
(2) Crowdsourcing.com, Article « Crowdsourcing: A Definition », 6-2-2016
(3) Wired.com, Article « The rise of Crowdsourcing », 6-1-2006
(4) Berkman Klein Center for Internet & Society, Yochai Benkler
(5) Site internet InnoCentive.com
(6) BnF, Plateforme expérimentale Correct
(7) Le Figaro.fr, Article « Creads démultiplie la créativité », 4-6-2012

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